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 RELATION MAITRE/DISCIPLE

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MessageSujet: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/21/2008, 14:55





Mes frères et soeurs voici en partage un récit riche en enseignements

que je dédie à une personne qui m'est très chère et qui se reconnaîtra :

l'histoire de Yunus Emre, poète mystique ayant vécu au 13ème siècle en Anatolie

et de son parcours avec son maître spirituel Taptuk l'aveugle

Cet extrait a été tiré du forum sawfa de mon ami Nigel :


..................

Quand Yunus Emre parvint en ce lieu, le monastère de Taptuk l’aveugle n’était rien d’autre que cela :

quelques bâtisses basses ceintes d’un mur de pierres sèches dans la steppe infinie.

Taptuk, dès qu’il eut palpé le visage et les épaules de ce vagabond affamé de savoir, lui promit la Vérité.

« – Elle te viendra peu à peu », lui dit-il. « Pour l’instant, je n’ai rien à t’apprendre.

Ton travail sera donc de balayer sept fois par jour la cour du monastère. »

Yunus obéit de bon cœur. A l’instant même où il s’était trouvé devant ce grand vieillard au crâne ras,

une confiance inébranlable lui était venue. Il était sûr qu’elle ne l’abandonnerait plus.

Sept fois par jour il balaya donc la cour avec entrain, saluant joyeusement le maître et ses disciples

quand ils se rendaient ensemble à la maison de l’épouse où Taptuk l’aveugle tous les matins enseignait.

Il s’étonna bientôt que nul ne réponde à ses salutations.


« – Passe encore que les apprentis m’ignorent, se dit-il, mais celui qui m’a si bonnement accueilli chez lui,

pourquoi ne m’adresse-t-il jamais la parole ? »

Une année passa ainsi, puis deux et trois années, sans que nul ne lui parle.

Alors le cœur de Yunus s’alourdit. « Sans doute ce silence signifie-t-il quelque chose, se dit-il.

Assurément mon maître veut apprendre quelque chose à mon âme,

car c’est à l’âme que s’adresse la parole sans voix. »

Il réfléchit dans sa solitude besogneuse, chassant sept fois par jour la poussière

que le vent sans cesse ramenait dans la cour du monastère.

Enfin, un matin de printemps, comme il sortait de sa cabane, son balai sur l’épaule, une lumière lui vint.

« J’ai trouvé : Taptuk veut m’apprendre la patience », se dit-il.

Il jubila dans son cœur, content de sa découverte, et se remit à balayer la cour avec une ardeur nouvelle.




A suivre.....



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MessageSujet: Re: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/21/2008, 15:01





Suite :


Cinq années étaient passées. Deux autres s’écoulèrent encore, puis trois, puis cinq nouvelles, sans que change son sort.

Alors Yunus désespéra. « Qu’ai-je fait pour mériter une aussi longue indifférence ? se dit-il. Peut-être mon maître m’a- t-il oublié.

Ou peut-être ne suis-je pour lui qu’un idiot recueilli par pitié, tout juste bon à chasser la poussière. »

Il s’efforça pourtant de réfléchir sans passion.

Une nuit de tempête lui vint à l’esprit que Taptuk voulait peut-être lui apprendre l’humilité.

Dans l’obscurité tourmentée où il était couché, il sourit.

« C’est cela. Il veut m’apprendre l’humilité », se dit-il.

Le lendemain matin, quand il se mit à l’ouvrage, ses gestes étaient plus mesurés,

et parce que son cœur était en paix il se mit, tout en balayant la cour, à fredonner.

Peu de chose : des paroles qui lui venaient, des chants qui lui montaient aux lèvres et qu’il laissait aller au vent,

pour la seule satisfaction d’entendre voix humaine.


Cependant sa confiance en Taptuk peu à peu le quitta.

Cet homme, décidément, l’avait trompé.

Il n’avait jamais eu l’intention de lui apprendre ce qu’il avait pourtant promis. « Je perds ma vie à espérer », se dit-il.

Cinq ans encore, il balaya la cour en fredonnant, sans que nul ne l’écoute.

Un soir, fatigué de cette existence de pauvre hère et convaincu que personne ne s’apercevrait de son absence,

il décida de quitter ce lieu où il n’avait trouvé, après quinze années d’humble patience, qu’amertume et mélancolie.

Il s’en fut donc dans la nuit, droit devant lui. Il marcha jusqu’à l’aube, ivre de liberté sans espoir.

Il eut faim et soif, mais il n’y avait nulle source où s’abreuver, nul abri où refaire ses forces dans cet infini désert d’herbes jaunies, de cailloux et de vent.

« Je vais mourir, se dit-il. Qu’importe ! Mieux vaut mourir en marchant qu’en balayant la cour d’un fou. »




A suivre....


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MessageSujet: Re: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/21/2008, 15:09




Suite :




Il marcha donc trois journées entières.

Au soir du troisième jour, comme il allait se coucher sur un roc pour offrir

son corps exténué aux vautours, il aperçut, au loin, un campement. Il s’étonna.

Aucun voyageur ne se risquait jamais dans ces contrées. Qui pouvaient être ces gens ? Il s’approcha.

Il vit des hommes assis au seuil d’une tente aux voilures amples.

Ils festoyaient en riant et parlant fort. Dès qu’ils l’aperçurent, ils lui firent signe et,

à grands cris joyeux, l’invitèrent à partager leurs provisions.

Des fruits luisants, des galettes dorées, des rôtis odorants, des boissons de toutes couleurs

dans des flacons de verre étaient à profusion étalés devant eux, sur un tapis de laine.

Yunus prit place en leur compagnie, but, mangea, osa enfin demander à ces gens par quel miracle, dans ce méchant désert,

ils se trouvaient ainsi pourvus en nourritures si délicates qu’il n’en avait jamais goûté de pareilles.

« — Une voix nous a conduits ici », lui dirent-ils.

« Assurément c’est le meilleur endroit du monde. Le vent tous les jours nous apporte du lointain les chants d’un derviche inconnu.

Il nous suffit de les écouter, de les chanter nous-mêmes. Aussitôt apparaissent devant nous

tous ces mets succulents que vous voyez là. Nous serions fous d’aller vivre ailleurs. »

Yunus s’extasia, avoua qu’il ne comprenait rien à pareille magie et osa enfin demander à ses compagnons si, par extrême bonté,

ils pourraient lui apprendre ces chants nourriciers, afin qu’il ne meure pas de faim dans cette steppe où il devait aller seul.

« — Volontiers », répondirent les hommes. Et ils se mirent à chanter.

Alors Yunus, bouleversé, les yeux ronds et la bouche ouverte, entendit les chants qu’il avait lui-même fredonnés,

cinq ans durant, en balayant la cour du monastère.

Il reconnut les paroles sorties de ses lèvres dans le seul désir de tromper la solitude,

les musiques montées de son cœur dans le seul espoir d’alléger sa mélancolie.

Elles étaient son œuvre.

Sur l’instant il comprit pour quel travail il était en ce monde,

il goûta la pure vérité de son âme et il souffrit la pire honte,

songeant à Taptuk qui l’avait instruit, sans qu’il n’en devine rien, comme un fils infiniment aimé.

Alors il embrassa les hommes qui l’avaient accueilli et revint au monastère en courant et pleurant.

« Taptuk me pardonnera-t-il d’avoir douté de lui ? » se disait-il, buvant le vent.

« Me pardonnera-t-il jamais ? »



A suivre........




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MessageSujet: Re: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/21/2008, 15:15




Suite :



Il parvint à la nuit tombée à la porte vermoulue qui fermait la palissade.

Il cogna du poing, appelant et demandant pitié. Le visage de l’épouse de Taptuk apparut au-dessus du mur.

« — Te voilà revenu », Yunus, dit-elle doucement. « Pauvre enfant, je ne sais si Taptuk t’acceptera à nouveau parmi nous. Ton départ l’a désespéré.

« Quel malheur, m’a-t-il dit, mon fils le plus cher m’a quitté. Que vaut ma vie désormais ? »

« Je vais t’ouvrir. Tu te coucheras dans la poussière de la cour.

Demain, quand ton maître fera sa promenade du matin, il butera du pied contre ton corps.

S’il dit : « Qui est cet homme ? », alors tu devras partir pour toujours.

S’il dit : « Est-ce là notre bon Yunus ? », alors tu sauras que tu peux à nouveau vivre en sa présence. Entre, mon fils. »

Yunus se coucha dans la poussière de la cour. Au jour revenu, il vit s’approcher Taptuk l’aveugle au bras de son épouse.

Il ferma les yeux, sentit un pied contre son flanc, entendit :

« — Est-ce là notre bon Yunus ? »

Il se leva, ébloui de lumière et de bonheur, courut à son balai et se remit à balayer la cour.

Ainsi fit-il jusqu’à sa mort, sans faillir un seul jour.

Quand il fut devenu semblable à la poussière mille fois envolée, ses chants s’élevèrent,

envahirent les lieux où vivaient les hommes et les nourrirent avec tant de persévérante bonté

qu’aujourd’hui encore neuf villages, en Anatolie,

revendiquent le privilège d’avoir sur leur territoire la vraie tombe de

Yunus Emré, l’homme que Taptuk l’aveugle illumina.




(L’Arbre aux Trésors Henri Gougaud. Éditions du Seuil, Paris 1987)



(source : http://amanoullahsawfa.clicforum.fr/t6-A-ma-soeur-Semanur.htm)


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MessageSujet: Re: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/21/2008, 15:38








Les poèmes de Yunus Emre sur l'Amour de Dieu et

sur son désir d'Union avec l'Ami sont sublimes !



En voici un intitulé : Bana Seni Gerek Seni







et la traduction en français :


C’est Toi qu’il me faut Toi seul


Ton amour à moi même m’a ravi
C’est Toi qu’il me faut Toi seul
Je me consume jour et nuit

Aucun bien ne m’enchante
Nulle misère ne me tourmente
De ton amour je me contente

Ton amour tue les amants
Les plonge dans la mer d’amour
Les remplit de Ton image

Aux soufis les délices de la causerie
Aux dévots le paradis et les houris
Que les Medjnuns cherchent leur Leyla

Qu’on me brûle dorénavant
Qu’on jette mes cendres au vent
Mes cendres iront clamant:

Yunus Emre est mon nom
Ma flamme augmente de jour en jour
En ce monde et en l’autre monde

C’est Toi qu’il me faut Toi seul


YUNUS EMRE




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MessageSujet: Re: RELATION MAITRE/DISCIPLE   11/24/2008, 17:33

Assalamou aleukoum

barakaallahou fik chere soeur imene

ne dit on pas que la clé de la reussite est la patience et la mortification de l'ego est necessaire pour le cheminant vers le Al HAQ.

tres belle histoire pour celui qui trouve l'utilité d'en tirer profit de la sagesse qu'elle contienne.

puissions nous suivre les pas de ses prophetes et de ses lieutenants sur terre.

Que Dieu nous inonde de sa lumiere.

salam aleykoum
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